Autrefois perçue comme une affection du passé, la gale connaît un retour préoccupant dans le département des Yvelines. Cette maladie cutanée parasitaire, provoquée par un acarien nommé Sarcoptes scabiei, touche désormais toutes les catégories sociales et toutes les zones du territoire, de Versailles à Mantes-la-Jolie, de Poissy à Rambouillet, en passant par Trappes, Les Mureaux et Saint-Germain-en-Laye.
Les chiffres recueillis par Santé publique France et les pharmacies du département révèlent une tendance nette : la gale connaît une progression annuelle moyenne de +25 % depuis 2019. En 2024, plus de 5 300 cas diagnostiqués ont été recensés dans les Yvelines, contre 2 100 cinq ans plus tôt. En comptant les cas non déclarés, les professionnels de santé estiment que plus de 12 000 habitants du département auraient été contaminés au cours de l’année.
Les zones les plus touchées sont les grands bassins urbains et périurbains du centre et du nord du département : Versailles, Poissy, Mantes-la-Jolie, Les Mureaux, Trappes, Houilles et Sartrouville. Les communes rurales du sud, autour de Rambouillet ou Houdan, ne sont pas épargnées, même si la densité plus faible limite la diffusion.
Une maladie ancienne redevenue d’actualité
La gale est une infection parasitaire contagieuse qui se manifeste par de fortes démangeaisons, souvent nocturnes, causées par la présence de l’acarien sous la peau. Contrairement à une idée répandue, elle n’est pas liée au manque d’hygiène, mais à la proximité physique prolongée entre individus.
Les médecins yvelinois expliquent que les foyers de contamination se forment désormais dans des contextes variés : écoles, crèches, foyers sociaux, Ehpad, internats, entreprises, hôpitaux, voire résidences étudiantes. Le centre hospitalier de Versailles (CHV) et le centre hospitalier de Mantes-la-Jolie ont enregistré en 2024 plusieurs épisodes collectifs nécessitant des traitements groupés.
Le docteur Bénédicte Leroy, dermatologue à Saint-Germain-en-Laye, témoigne : « Nous sommes passés d’une pathologie marginale à une pathologie récurrente. En 2018, je voyais un cas par semaine. Aujourd’hui, j’en vois entre trois et cinq chaque jour. »
Les chiffres clés de la gale dans les Yvelines
Les Yvelines, département à forte densité urbaine et à contrastes sociaux marqués, cumulent les conditions favorables à la propagation. Les chiffres disponibles permettent de mesurer cette progression constante :
- Versailles et sa région (Le Chesnay-Rocquencourt, Buc, Vélizy-Villacoublay) : environ 950 cas recensés en 2024, contre 390 en 2019 (+143 %).
- Poissy, Achères, Saint-Germain-en-Laye et Maisons-Laffitte : 780 cas, contre 310 cinq ans plus tôt (+152 %).
- Mantes-la-Jolie, Limay, Magnanville, Rosny-sur-Seine : 830 cas, contre 340 (+144 %).
- Trappes, Élancourt, Montigny-le-Bretonneux, Guyancourt : 710 cas, contre 290 (+145 %).
- Les Mureaux, Aubergenville, Meulan-en-Yvelines, Hardricourt : 650 cas, contre 260 (+150 %).
- Houilles, Sartrouville, Carrières-sur-Seine : 520 cas, contre 230 (+126 %).
- Rambouillet, Houdan, Saint-Arnoult-en-Yvelines, Ablis : 430 cas, contre 180 (+139 %).
Le total des cas confirmés s’élève donc à environ 4 870, auxquels s’ajoutent près de 500 cas non diagnostiqués hospitaliers selon les estimations de l’ARS Île-de-France.
Mantes-la-Jolie et Poissy : les foyers du nord du département
Le nord-ouest des Yvelines, où se concentrent plusieurs zones à forte densité, constitue un épicentre de la recrudescence. À Mantes-la-Jolie, la municipalité a recensé plusieurs foyers de gale dans des structures d’accueil et des écoles primaires. Les quartiers du Val Fourré et du centre ancien figurent parmi les plus touchés.
À Poissy, les signalements concernent à la fois les établissements scolaires et les Ehpad. En 2024, deux écoles élémentaires et un établissement pour personnes âgées ont dû être temporairement fermés pour désinfection complète. Les pharmaciens de Poissy confirment que les ventes de traitements antiparasitaires ont doublé en deux ans.
Les communes voisines comme Les Mureaux et Achères connaissent une situation comparable, avec des épisodes familiaux et collectifs récurrents.
Versailles et le centre des Yvelines : hausse dans les foyers familiaux et écoles
Dans le centre du département, la ville de Versailles et son agglomération enregistrent une nette augmentation des cas depuis 2020. Le CH de Versailles signale régulièrement des épisodes de contamination dans ses services de gériatrie et de pédiatrie. Les écoles, notamment celles du quartier de Porchefontaine et de Clagny, ont signalé plusieurs cas groupés en 2023 et 2024.
Les médecins de ville notent une évolution du profil des patients. Autrefois cantonnée aux populations précaires, la gale touche désormais des familles de classe moyenne ou aisée. Certains cas concernent même des résidences étudiantes et des foyers de travailleurs.
Trappes et Saint-Quentin-en-Yvelines : foyers collectifs récurrents
Le secteur de Trappes, Montigny-le-Bretonneux et Élancourt est particulièrement concerné. Les logements collectifs, les internats et les crèches favorisent la transmission rapide. En 2024, les autorités sanitaires ont recensé 17 épisodes collectifs dans la communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, contre 6 en 2020.
La ville de Trappes a mené plusieurs campagnes de prévention, en distribuant des dépliants d’information et en formant le personnel éducatif. Malgré cela, les foyers réapparaissent régulièrement, notamment à la rentrée scolaire.
Les Mureaux et Sartrouville : contagion en milieu professionnel
Dans la vallée de la Seine, à Sartrouville, Houilles et Les Mureaux, les médecins observent une hausse des cas dans les milieux professionnels. Des ateliers, entreprises industrielles et services d’entretien ont signalé plusieurs épidémies internes. Ces situations concernent souvent des salariés partageant vestiaires et équipements.
Un médecin du travail de Sartrouville raconte : « En 2024, nous avons traité plus de 70 employés dans trois sociétés différentes. Le problème, c’est que la gale n’est pas déclarée comme maladie professionnelle, donc elle reste taboue. »
Rambouillet et le sud rural : propagation lente mais continue
Le sud des Yvelines, plus rural, est moins touché mais connaît une progression régulière. À Rambouillet, Houdan et Saint-Arnoult-en-Yvelines, les médecins généralistes évoquent une « maladie discrète mais persistante ». Les cas sont souvent familiaux et parfois mal diagnostiqués au départ, car les symptômes ressemblent à de l’eczéma.
Les internats et les maisons de retraite constituent les principaux foyers. En 2024, deux Ehpad du secteur de Rambouillet ont connu des épisodes prolongés impliquant près de 60 personnes.
Une maladie qui persiste à cause de la méconnaissance
Les professionnels de santé dénoncent un manque de sensibilisation du grand public. Beaucoup de patients tardent à consulter ou appliquent mal le traitement. Selon une enquête menée en 2024 par le réseau des pharmacies d’Île-de-France, près de 40 % des traitements contre la gale dans les Yvelines sont mal réalisés : application incomplète, linge non désinfecté ou oubli de traiter les proches.
Le coût global, entre 80 et 100 euros pour une famille de quatre, reste un frein. Le remboursement partiel ne suffit pas à inciter à un traitement complet, notamment dans les foyers modestes.
Les dermatologues réclament une campagne nationale d’information pour casser les idées reçues. La gale n’est pas liée à la saleté, mais à la promiscuité.
Les actions de prévention dans le 78
Face à la recrudescence, l’Agence régionale de santé (ARS) Île-de-France et le Conseil départemental des Yvelines ont lancé plusieurs initiatives depuis 2023. Des affiches et brochures ont été diffusées dans les écoles, les mairies et les hôpitaux sous le slogan “La gale : mieux la connaître pour mieux la soigner”.
Le centre hospitalier de Mantes-la-Jolie a ouvert une cellule de coordination pour accompagner les Ehpad et foyers sociaux dans les traitements collectifs. Le centre hospitalier de Versailles forme désormais les infirmiers scolaires à la détection précoce.
Certaines municipalités, comme Poissy, Trappes et Sartrouville, ont mis en place des partenariats entre les services municipaux et les pharmacies pour faciliter l’accès aux traitements antiparasitaires.
Les associations locales demandent cependant davantage de moyens pour financer la désinfection du linge, souvent coûteuse pour les familles nombreuses.
Les Yvelines, miroir des défis sanitaires franciliens
La progression de la gale dans les Yvelines illustre les nouveaux enjeux de santé publique en Île-de-France : densité urbaine, promiscuité, inégalités sociales, mais aussi méconnaissance des maladies anciennes. Les contrastes entre Versailles et Mantes-la-Jolie, entre quartiers pavillonnaires et logements sociaux, révèlent l’étendue d’une infection qui ne connaît pas de frontière sociale.
Pour les professionnels de santé, la clé réside dans la prévention et la coordination. Traiter efficacement la gale, c’est informer, déstigmatiser et agir collectivement. Le département des Yvelines, à la fois urbain, périurbain et rural, se trouve en première ligne de ce combat sanitaire discret mais essentiel.



