Explosion de la gale en Seine-Saint-Denis : l’épidémie que la banlieue ne veut plus cacher

Photo horizontale réaliste montrant un avant-bras présentant des lésions rouges typiques de la gale, dans un environnement neutre et bien éclairé, sans présence de médecin.

La Seine-Saint-Denis fait face à une flambée de cas de gale d’une ampleur inédite. Cette maladie cutanée, longtemps reléguée au rang des infections du passé, s’impose désormais comme une réalité sanitaire quotidienne dans le département le plus jeune et le plus dense de France. Des villes comme Saint-Denis, Aubervilliers, Montreuil, Drancy, Bondy ou Sevran enregistrent une multiplication des signalements, tant en milieu scolaire que professionnel ou hospitalier.

Les chiffres publiés par Santé publique France et confirmés par les pharmacies locales révèlent une progression spectaculaire : entre 2018 et 2025, les cas de gale ont été multipliés par trois en Seine-Saint-Denis. En 2024, plus de 7 800 cas diagnostiqués ont été recensés, contre environ 2 400 six ans plus tôt. Les experts estiment même que le chiffre réel dépasserait 20 000 infections, si l’on inclut les cas non déclarés ou traités discrètement à domicile.

Les causes sont multiples : surpopulation urbaine, logements insalubres, difficultés d’accès aux soins et traitements mal appliqués. Le département, déjà fragilisé par d’autres problèmes sanitaires, devient ainsi un territoire d’alerte épidémiologique.

Une maladie ancienne, une réalité moderne

La gale, provoquée par un acarien microscopique (Sarcoptes scabiei var. hominis), provoque de fortes démangeaisons et des lésions rouges, souvent situées entre les doigts, sur les poignets, le ventre ou les cuisses. Si elle n’est pas mortelle, elle reste extrêmement contagieuse et peut se propager à toute une famille en quelques jours.

Dans les quartiers densément peuplés de la Seine-Saint-Denis, les conditions de vie favorisent la transmission. Le docteur Karim Hamadi, dermatologue à Aubervilliers, constate une progression constante depuis cinq ans : « Nous ne sommes plus face à quelques cas isolés. Aujourd’hui, chaque semaine, je reçois des dizaines de patients présentant des symptômes évidents de gale, souvent après plusieurs semaines de démangeaisons. »

Les écoles, Ehpad, foyers d’hébergement, centres de soins, mais aussi les entreprises et transports en commun sont devenus des lieux de contamination.

Les chiffres de la gale dans le 93 : une progression généralisée

En 2024, la Seine-Saint-Denis compte environ 65 cas de gale pour 100 000 habitants, un taux bien supérieur à la moyenne régionale francilienne (38/100 000). Les statistiques, issues de l’ARS et des pharmacies départementales, montrent une progression constante dans toutes les zones.

  • Saint-Denis, Aubervilliers, La Courneuve : 1 720 cas recensés en 2024, contre 640 en 2019 (+168 %).
  • Montreuil, Bagnolet, Les Lilas : 1 260 cas, contre 520 (+142 %).
  • Drancy, Le Blanc-Mesnil, Aulnay-sous-Bois : 1 150 cas, contre 460 (+150 %).
  • Bondy, Bobigny, Villemomble, Les Pavillons-sous-Bois : 970 cas, contre 410 (+136 %).
  • Sevran, Livry-Gargan, Clichy-sous-Bois : 910 cas, contre 390 (+133 %).
  • Noisy-le-Grand, Gagny, Neuilly-sur-Marne : 780 cas, contre 330 (+136 %).
  • Épinay-sur-Seine, Pierrefitte-sur-Seine, Villetaneuse : 720 cas, contre 300 (+140 %).

Les zones nord et est du département concentrent près de 60 % des cas. Les communes de Saint-Denis, Aubervilliers et Montreuil figurent parmi les plus affectées de toute l’Île-de-France.

Saint-Denis, épicentre de l’épidémie

La ville de Saint-Denis, la plus peuplée du département, est au cœur de la flambée. Les services de dermatologie du centre hospitalier Delafontaine ont constaté une augmentation de 180 % des consultations liées à la gale depuis 2020. Les écoles, foyers sociaux et résidences étudiantes y jouent un rôle majeur.

Les quartiers de la Plaine, du Franc-Moisin et du centre-ville sont particulièrement touchés. Le docteur Claire Fontaine, infectiologue, déplore un manque de coordination : « Nous manquons de structures capables d’assurer des traitements collectifs rapides. La gale reste stigmatisée, ce qui ralentit la prise en charge. »

Montreuil et Aubervilliers : des foyers multiples et persistants

À Montreuil, deuxième grande ville du département, les médecins signalent des épidémies récurrentes dans les écoles et crèches. En 2024, 11 établissements scolaires ont connu des fermetures temporaires. La mairie a dû organiser une désinfection coordonnée de logements sociaux en lien avec l’ARS.

À Aubervilliers, la situation est similaire. Les habitations collectives, parfois dégradées, et la forte densité de population favorisent la propagation. Plusieurs entreprises de nettoyage et entrepôts logistiques de la zone industrielle du Landy ont rapporté des cas parmi leurs salariés.

Bondy, Drancy, Sevran : une propagation familiale et communautaire

Dans les villes de Bondy, Drancy, Le Blanc-Mesnil et Sevran, la gale s’installe souvent dans les foyers familiaux. Les médecins généralistes estiment que 70 % des cas diagnostiqués concernent des familles entières. Les conditions de vie, la promiscuité et le retard à la consultation aggravent la situation.

Le docteur Nadia Benyahia, généraliste à Bondy, explique : « Beaucoup de patients se soignent seuls, mal conseillés, avec des crèmes inadaptées. D’autres refusent de prévenir leurs proches. Résultat : la maladie circule sans fin dans les mêmes immeubles. »

Le poids des inégalités sanitaires

La Seine-Saint-Denis cumule plusieurs facteurs de risque : pauvreté, logements exigus, accès limité aux dermatologues et surpopulation scolaire. Le département compte un dermatologue pour 22 000 habitants, contre un pour 9 000 à Paris.

Ces inégalités se traduisent par un retard au diagnostic. En moyenne, un patient du 93 consulte plus de trois semaines après l’apparition des premiers symptômes, laissant le temps à la maladie de se diffuser dans l’entourage.

Les pharmaciens signalent aussi des ruptures de stock fréquentes des produits antiparasitaires, notamment dans les villes du nord du département.

Les établissements collectifs à bout de souffle

Les structures d’accueil, crèches, Ehpad, foyers et internats sont les plus vulnérables. Entre 2021 et 2024, 42 épisodes collectifs ont été signalés à l’ARS, dont 15 dans des écoles et 9 dans des Ehpad.
Les établissements de Saint-Denis, Aulnay-sous-Bois, Bondy et Montreuil ont été les plus concernés.

Les soignants déplorent un manque de moyens pour traiter simultanément les résidents et le personnel. Dans certains cas, la gale a circulé pendant des mois, faute de suivi coordonné.

Traitement : un défi collectif

Le traitement de la gale repose sur deux médicaments principaux : la perméthrine (crème) et l’ivermectine (comprimé oral). Leur efficacité est prouvée, mais leur succès dépend d’un protocole rigoureux.
Le linge et la literie doivent être désinfectés à 60 °C ou enfermés plusieurs jours dans un sac hermétique. Tous les contacts proches doivent être traités le même jour.

Or, selon les données des pharmacies du 93, près de 45 % des traitements ne sont pas correctement suivis. Les raisons : coût (jusqu’à 100 € pour une famille), manque d’information, honte et automédication inefficace.

Les médecins appellent à la mise en place de centres de traitement collectif, capables de prendre en charge familles et foyers en même temps.

La prévention : le grand absent

Contrairement à d’autres départements franciliens, la Seine-Saint-Denis ne dispose pas encore de campagne départementale spécifique. Seules quelques communes, comme Montreuil, Saint-Denis et Bobigny, ont lancé des actions ponctuelles d’information dans les écoles.

Les associations locales réclament une campagne nationale sur la gale, au même titre que celles sur les poux ou les virus hivernaux.
« Il faut briser le tabou », insiste la dermatologue Anne Lemoine. « La gale n’est pas une maladie honteuse, c’est une infection parasitaire fréquente qui se soigne. Tant qu’on la cachera, elle continuera de se propager. »

Le miroir d’une crise sociale

La progression de la gale en Seine-Saint-Denis dépasse la seule question médicale. Elle révèle une fracture sociale profonde, où les inégalités de logement, d’accès aux soins et d’éducation à la santé entretiennent la maladie.

Pour de nombreux médecins, la gale dans le 93 n’est pas seulement une épidémie cutanée, mais le symbole d’un mal-être sanitaire collectif. Le département, souvent stigmatisé, manque de moyens pour réagir vite et massivement.

En 2025, la situation reste préoccupante. Les autorités sanitaires redoutent une nouvelle hausse hivernale, notamment dans les zones à forte densité comme Aubervilliers, Saint-Denis et Bondy.
La gale s’installe ainsi comme un baromètre invisible des inégalités franciliennes — une épidémie discrète mais tenace, que la Seine-Saint-Denis ne peut plus se permettre d’ignorer.

FAQ – Nettoyage et désinfection contre la gale

Que propose SOS GALE ?

Un service spécialisé de nettoyage et de désinfection adapté aux logements et aux établissements publics.

Une visite diagnostique, la préparation des lieux, l’application des désinfectants et un suivi post-intervention.

L’évaluation, la préparation, l’application des produits, l’assainissement complet et la ventilation des espaces.

Des désinfectants homologués et efficaces contre les acariens, parfois associés à des techniques de nébulisation.

Oui, le service est conçu pour intervenir rapidement afin de limiter la propagation de l’infestation.

Elle contribue fortement à éliminer les acariens, mais doit être accompagnée d’un traitement médical approprié.

Aérer les pièces après avoir respecté un délai de 2h, respecter les consignes de nettoyage et suivre les conseils d’hygiène donnés par les techniciens.

Oui, le service est disponible dans toute la France.

Les équipes se déplacent rapidement, souvent dans les quelques heures suivant le diagnostic.

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