Entre errance et promiscuité : pourquoi la gale se propage dans les camps de migrants

Bénévoles humanitaires portant des masques et des gants distribuant des tubes de crème et des couvertures à des migrants dans un camp de fortune.

Le froid tombe sur la plaine du nord de la France. Sous un abri de fortune fait de palettes et de bâches en plastique, un jeune homme se gratte les bras sans répit. Ses avant-bras sont couverts de marques rouges, et ses nuits sont hantées par des démangeaisons incessantes. Dans ce campement improvisé, à deux pas d’un centre d’accueil débordé, la gale est revenue. Comme chaque hiver, elle circule silencieusement, profitant de la promiscuité, du manque d’eau chaude et de la peur de consulter. Ce n’est pas la première fois que les équipes médicales de terrain tirent la sonnette d’alarme. Dans les camps de migrants, cette maladie de peau, pourtant bénigne lorsqu’elle est traitée, devient un véritable fléau collectif.

Depuis plusieurs années, les organisations humanitaires constatent que les foyers de gale se multiplient dans les lieux de vie précaires. Le phénomène touche la France, mais aussi d’autres pays européens. À Calais, Grande-Synthe, Paris, ou encore dans certaines zones frontalières d’Italie et de Grèce, les équipes médicales évoquent des « épidémies récurrentes ». Les mêmes causes reviennent : promiscuité extrême, accès limité à l’hygiène, absence de soins précoces et mobilité constante des personnes. Le résultat est un cercle vicieux : une maladie facile à soigner se transforme en un problème collectif persistant.

La gale n’est pas nouvelle. Elle accompagne l’humanité depuis des siècles. Causée par un acarien microscopique, Sarcoptes scabiei, elle se transmet par contact prolongé entre deux personnes. Dans un environnement où l’on dort serrés, où l’on partage couvertures et vêtements, la contagion devient inévitable. Les soignants le savent bien : il suffit qu’un seul cas ne soit pas traité pour que l’infestation reparte. Dans les campements, où la population se renouvelle sans cesse, la lutte devient presque impossible.

Pourtant, malgré son image de « maladie de la saleté », la gale n’a rien à voir avec le manque d’hygiène. Ce malentendu tenace rend la situation encore plus douloureuse pour les migrants. Les bénévoles racontent que beaucoup de malades cachent leurs démangeaisons, par honte ou par peur d’être rejetés. Certains évitent les distributions de vêtements ou les consultations médicales, de crainte d’être montrés du doigt. « Ils pensent qu’on va les juger sales, alors qu’ils n’ont souvent même pas accès à une douche depuis des semaines », explique Sarah, infirmière dans une association humanitaire à Calais.

Les conditions matérielles sont en effet le cœur du problème. Dans les camps, l’eau est rare, les douches sont parfois à plusieurs kilomètres, et le linge ne peut pas toujours être lavé à haute température. Les vêtements circulent de main en main, les couvertures sont partagées, les abris sont étroits. Dans ces conditions, l’acarien trouve un terrain idéal pour se propager. Un simple contact de quelques minutes suffit. Dans les hivers froids, les gens se serrent les uns contre les autres pour se réchauffer — et sans le savoir, transmettent le parasite.

À cela s’ajoute la difficulté logistique du traitement. Pour éradiquer la gale, il faut traiter à la fois les personnes infestées et tout leur environnement : vêtements, literie, couvertures. Or, dans les camps, ces conditions ne peuvent être réunies. Même quand les ONG distribuent les crèmes nécessaires, la réinfestation survient souvent quelques jours plus tard. « On soigne un groupe, mais d’autres arrivent, parfois déjà porteurs. Et comme tout le monde vit ensemble, la chaîne ne se brise jamais complètement », raconte Michel, médecin bénévole.

L’État, de son côté, peine à agir de manière durable. Les autorités locales interviennent parfois pour des campagnes de désinfection ponctuelles, mais sans accompagnement sanitaire à long terme. Certains campements sont démantelés, puis reformés quelques jours plus tard ailleurs, avec les mêmes habitants. Ce cycle de dispersion et de reformation entretient la transmission. Pour les soignants, c’est un combat sans fin : « On soigne, on nettoie, et la semaine suivante, on recommence », résume l’un d’eux.

Les conséquences ne sont pas seulement physiques. La gale entraîne une détresse psychologique profonde. Le grattage incessant perturbe le sommeil, provoque de la fatigue et de l’irritabilité. Les plaies ouvertes s’infectent parfois, surtout faute d’hygiène. Mais la souffrance la plus marquée reste la honte. Beaucoup de migrants associent la maladie à une perte de dignité. Certains évitent les autres pour ne pas être accusés d’avoir « apporté la gale ». Cette culpabilité est amplifiée par les regards extérieurs : les rumeurs circulent vite, et l’idée que « les migrants transmettent des maladies » nourrit parfois le rejet ou la peur.

Les associations tentent de rétablir la vérité. « La gale, ce n’est pas une maladie de la pauvreté, c’est une maladie de contact », rappelle souvent Médecins du Monde dans ses campagnes d’information. Mais dans un contexte de tension sociale autour de la question migratoire, il est difficile de dissocier santé publique et perception politique. Dans certains médias, la présence de la gale dans un camp devient une preuve de « désordre » ou de « risque sanitaire », alors qu’il s’agit avant tout d’un signe de précarité et d’abandon.

Pourtant, des solutions existent. Certaines ONG ont mis en place des protocoles adaptés : traitement collectif simultané, lavage centralisé des vêtements, sensibilisation dans plusieurs langues. À Grande-Synthe, une expérience menée par Médecins Sans Frontières a permis de réduire les cas pendant plusieurs mois grâce à une coordination entre les équipes médicales et les associations locales. Mais ces succès restent fragiles, car ils dépendent de la stabilité du camp et de la volonté politique de soutenir ces actions.

Dans d’autres pays européens, les mêmes difficultés apparaissent. En Grèce, dans les îles de la mer Égée, les épidémies de gale se déclarent régulièrement dans les camps surpeuplés où les réfugiés attendent des mois une décision administrative. À Lampedusa ou en Sicile, les soignants italiens observent les mêmes scènes : des files d’attente devant les dispensaires, des enfants qui se grattent jusqu’au sang, des parents impuissants. « C’est une maladie qui montre à quel point la dignité humaine dépend des conditions d’accueil », témoigne une travailleuse sociale.

Dans les rapports médicaux, la gale est classée parmi les « maladies de la misère ». Mais cette expression, souvent reprise sans réflexion, mérite d’être corrigée. Ce n’est pas la misère qui provoque la gale, c’est la misère qui empêche de la soigner. Là réside toute la nuance. Tant qu’on laissera des milliers de personnes dormir à même le sol, sans accès à l’eau, la gale continuera d’être un marqueur d’exclusion plus qu’un simple problème dermatologique.

Certaines municipalités ont commencé à comprendre cette logique. À Lyon et à Paris, des dispositifs mobiles de santé publique ont été mis en place, avec des consultations régulières et des traitements gratuits. Les maraudes médicales distribuent des crèmes, des vêtements propres, et informent sur la maladie. Ces efforts montrent que la gale peut être contrôlée, à condition d’une approche globale : soigner les corps, mais aussi les conditions de vie.

Sur le terrain, les bénévoles insistent sur l’importance de la pédagogie. « Il faut expliquer que ce n’est pas une maladie honteuse. Les gens doivent comprendre qu’ils ne sont pas responsables, que ce n’est pas leur faute », explique Claire, médecin bénévole à Paris. Cette approche bienveillante permet de rétablir la confiance, essentielle pour mener des campagnes de traitement collectif efficaces.

La gale devient alors un révélateur d’autre chose : l’état de notre regard sur la précarité. Car chaque cas de gale non traité raconte une histoire plus large, celle d’une société qui tolère l’exclusion. Derrière chaque plaque rouge, chaque nuit de démangeaison, il y a un être humain qui a fui la guerre, la faim ou les persécutions, et qui se retrouve confronté à un nouveau combat, celui de la survie dans un environnement indigne.

Dans les couloirs d’un centre d’accueil temporaire à Paris, une mère syrienne montre les bras de son fils. L’enfant se gratte sans cesse, mais il sourit timidement. Elle dit avoir peur que les autres familles évitent son fils à cause de la gale. Elle ajoute doucement : « Je voudrais juste qu’il dorme une nuit sans se gratter. » Cette phrase résume la tragédie silencieuse que vivent des milliers de migrants en Europe.

Ce problème sanitaire, apparemment mineur, interroge profondément nos choix collectifs. Il ne suffit pas de soigner la gale ; il faut soigner les causes qui la font prospérer. Tant que des êtres humains seront contraints de vivre dans des tentes sans eau ni intimité, les acariens continueront de circuler, invisibles et obstinés. Lutter contre la gale, c’est donc aussi lutter contre la misère et l’exclusion.

À la fin, cette maladie nous renvoie une image dérangeante : celle d’une société qui gratte ses plaies sans les guérir. Elle rappelle que la santé publique ne se résume pas à des traitements, mais à la dignité. Et que, dans les camps de migrants comme ailleurs, tant que cette dignité sera niée, la gale — et tout ce qu’elle symbolise — restera un miroir de notre indifférence.

FAQ – Nettoyage et désinfection contre la gale

Que propose SOS GALE ?

Un service spécialisé de nettoyage et de désinfection adapté aux logements et aux établissements publics.

Une visite diagnostique, la préparation des lieux, l’application des désinfectants et un suivi post-intervention.

L’évaluation, la préparation, l’application des produits, l’assainissement complet et la ventilation des espaces.

Des désinfectants homologués et efficaces contre les acariens, parfois associés à des techniques de nébulisation.

Oui, le service est conçu pour intervenir rapidement afin de limiter la propagation de l’infestation.

Elle contribue fortement à éliminer les acariens, mais doit être accompagnée d’un traitement médical approprié.

Aérer les pièces après avoir respecté un délai de 2h, respecter les consignes de nettoyage et suivre les conseils d’hygiène donnés par les techniciens.

Oui, le service est disponible dans toute la France.

Les équipes se déplacent rapidement, souvent dans les quelques heures suivant le diagnostic.

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