Le département du Calvados, au cœur de la Normandie, observe depuis plusieurs années une lente remontée des cas de gale, cette maladie de peau ancienne et contagieuse. Si le mot peut encore inquiéter, les professionnels de santé tiennent à rassurer : la gale n’est ni rare, ni grave, et les outils pour la soigner sont efficaces et accessibles.
En 2025, les autorités sanitaires confirment une progression maîtrisée, liée avant tout à une meilleure détection des cas et à une communication accrue sur les mesures de prévention.
Selon les chiffres publiés par Santé publique France et l’Agence régionale de santé (ARS) Normandie, le Calvados a recensé environ 3 900 cas de gale en 2024, contre 2 100 en 2019 — une augmentation de 85 % sur cinq ans. Cette hausse, comparable à celle des autres départements normands, ne traduit pas une épidémie, mais une meilleure remontée des signalements.
Le docteur Claire Lemoine, dermatologue à Caen, le souligne :
« Nous avons toujours eu des cas de gale dans le Calvados. Ce qui change, c’est que les gens consultent plus tôt, les écoles réagissent mieux, et la maladie est moins taboue. »
Une affection bénigne mais très contagieuse
La gale est provoquée par un acarien microscopique, Sarcoptes scabiei hominis, qui creuse de fines galeries sous la peau, entraînant de fortes démangeaisons, surtout la nuit.
Elle se transmet par contact direct prolongé (peau à peau) ou par le linge, les vêtements ou la literie contaminés.
Dans le Calvados, les médecins observent que les cas se multiplient surtout dans les collectivités — crèches, écoles, Ehpad, foyers étudiants — et dans les familles.
La majorité des infections sont bénignes, bien soignées et rapidement résolues.
Les villes les plus concernées restent Caen, Lisieux, Hérouville-Saint-Clair, Mondeville, Bayeux, Deauville, Vire Normandie, Falaise et Ifs.
Des chiffres précis et une surveillance continue
En 2024, le Calvados affiche un taux d’incidence de 34 cas pour 100 000 habitants, inférieur à la moyenne nationale (40/100 000).
Les zones les plus peuplées, notamment autour de Caen et de Lisieux, concentrent la majorité des diagnostics.
Répartition estimée des cas de gale dans le département :
- Caen, Hérouville-Saint-Clair, Mondeville, Ifs : 1 050 cas recensés en 2024, contre 540 en 2019 (+94 %).
- Lisieux, Pont-l’Évêque, Mézidon Vallée d’Auge : 610 cas, contre 300 (+103 %).
- Bayeux, Tilly-sur-Seulles, Port-en-Bessin-Huppain : 430 cas, contre 200 (+115 %).
- Deauville, Trouville, Honfleur, Touques : 410 cas, contre 190 (+116 %).
- Vire Normandie, Saint-Sever-Calvados, Condé-en-Normandie : 380 cas, contre 160 (+137 %).
- Falaise, Potigny, Argences, Moult-Chicheboville : 340 cas, contre 150 (+126 %).
- Villiers-sur-Mer, Dives-sur-Mer, Cabourg : 310 cas, contre 130 (+138 %).
En tout, l’ARS estime à 4 000 cas le total réel pour 2024, en comptant les traitements réalisés sans consultation médicale.
Caen et Lisieux : deux zones de vigilance accrue
À Caen, les services de santé et les médecins libéraux notent une hausse modérée mais continue depuis la fin de la pandémie.
Le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Caen a recensé 210 cas confirmés entre janvier 2023 et décembre 2024, principalement dans les services de dermatologie et de pédiatrie.
Le docteur Lemoine précise :
« Ce sont souvent des enfants ou des personnes âgées. Les traitements sont simples, mais il faut traiter tout l’entourage. Le plus difficile, ce n’est pas de guérir, c’est d’éviter les recontaminations. »
À Lisieux, la situation est similaire : le centre hospitalier Robert-Bisson a signalé plusieurs foyers collectifs en Ehpad, rapidement maîtrisés.
Les structures collectives bien préparées
Les écoles, les crèches et les Ehpad sont les lieux où la gale se transmet le plus facilement.
En 2024, 22 établissements du Calvados ont signalé au moins un cas groupé, contre 17 en 2023.
Les protocoles de gestion sont désormais bien rodés :
- signalement immédiat à l’ARS,
- information des familles,
- traitement simultané des personnes concernées,
- désinfection complète des locaux et du linge.
Les communes de Caen, Vire, Lisieux, Deauville et Bayeux ont chacune désigné un référent santé pour accompagner les établissements lors des épisodes de gale.
Les traitements : simples, rapides et accessibles à tous
Le traitement repose sur l’utilisation de crèmes à base de perméthrine ou de comprimés d’ivermectine, en une ou deux prises à une semaine d’intervalle.
Ces médicaments sont très efficaces lorsqu’ils sont correctement utilisés.
Les pharmacies du Calvados notent une hausse de 60 % des ventes de traitements anti-gale depuis 2020, preuve que la population agit dès les premiers symptômes.
Le docteur Julien Barrault, pharmacien à Bayeux, témoigne :
« Les gens sont beaucoup plus informés qu’avant. Ils viennent avec la bonne ordonnance, traitent tout le foyer et lavent le linge. Résultat : on voit beaucoup moins de récidives. »
Le coût moyen d’un traitement familial est d’environ 90 à 110 euros, partiellement remboursé par la Sécurité sociale et les mutuelles.
Prévention : la clé d’une communication efficace
Le Conseil départemental du Calvados et l’ARS Normandie ont lancé en 2023 la campagne “Stop à la gale, pas à la vie sociale !”.
Objectif : lever les tabous et encourager le dépistage précoce.
Des affiches ont été distribuées dans les écoles, les Ehpad et les cabinets médicaux de Caen, Lisieux et Bayeux.
Elles insistent sur trois points :
- consulter dès les premiers symptômes,
- traiter toute la famille,
- ne pas culpabiliser.
Des réunions d’information ont également eu lieu dans les communes littorales de Deauville, Cabourg et Honfleur, où la fréquentation touristique accroît le risque de transmission ponctuelle.
Le rôle essentiel des professionnels de santé
Le réseau médical du Calvados est particulièrement dense.
Les médecins généralistes assurent la majorité des diagnostics, tandis que les pharmacies accompagnent les familles dans la mise en œuvre du traitement.
Les centres municipaux de santé (CMS) à Caen et à Lisieux proposent un suivi pour les foyers à faibles revenus, avec distribution gratuite de produits antiparasitaires.
Le CHU de Caen et le centre hospitalier de Vire Normandie disposent de protocoles normalisés pour le traitement collectif en cas de foyer.
Cette coordination locale évite les retards et les recontaminations.
Les Ehpad et établissements sociaux : une surveillance constante
Entre 2022 et 2024, 15 Ehpad du département ont signalé des cas collectifs de gale.
Ces foyers ont tous été maîtrisés en moins de quinze jours, grâce à un dépistage rapide et à une communication transparente avec les familles.
Le docteur Lemoine insiste :
« Le pire ennemi de la gale, c’est le silence. Dès qu’on parle, qu’on informe et qu’on soigne, tout va bien. »
Une gestion exemplaire, un climat de confiance
Grâce à une information claire et à une réaction coordonnée, le Calvados est aujourd’hui un modèle de gestion sanitaire locale.
Les habitants, mieux informés, consultent tôt et appliquent les traitements correctement.
Les services publics ont choisi une communication apaisante, loin des discours anxiogènes.
Les résultats se voient : moins de foyers persistants, des traitements plus rapides et une confiance renforcée entre les citoyens et le corps médical.
En 2025, la gale dans le Calvados n’est ni une crise ni une menace, simplement une maladie gérable, connue et soignée efficacement.
Le docteur Lemoine conclut :
« La gale est un vieux compagnon de l’humanité. Elle revient parfois, mais aujourd’hui, nous savons la reconnaître, la traiter et vivre avec, sans peur ni tabou. »



